Ascension du Mont Fuji 「富士登山のし方」

Le mont Fuji selon les saisons.
Le mont Fuji selon les saisons.

11h00 ce jeudi 20 août 2009  à la gare de Kawaguchi-ko (河口湖).
Située dans la préfecture de Yamanashi à une centaine de kilomètres de Tôkyô, cette ville borde l’un des 5 lacs entourant le célèbre volcan Fuji.

Aujourd’hui encore, la plus part des Occidentaux nomment ce volcan « Fuji Yama », faisant grimacer par la même occasion les japonisants. Car en effet, « Fuji Yama » est une erreur de lecture et le dernier caractère chinois (ou Kanji), « 山», se lit dans ce cas « san » et non « yama ». Merci pour eux.
Fujisan (富士山) donc, est le plus haut sommet de l’archipel nippon. Outre son symbolisme religieux, sa forme conique quasi parfaite en fait l’un des plus beaux volcans du monde et de nombreux artistes au cours de l’histoire, dont le célèbre peintre Hokusai pour ne citer que lui, l’ont honorés à leur façon.

La large base de Fuji est bordée d’une riche forêt et l’ascension du volcan ne se fait réellement qu’à partir de la station 5 située à une altitude d’environ 2000 mètres, là où la végétation y devient rare.
Nous empruntons sans tarder un bus nous amenant à cette base nommée en japonais gogôme ou 五合目.
Sachant qu’environ un tiers des grimpeurs sont étrangers, je ne suis pas surpris d’observer dans le véhicule une famille d’Espagnol, un couple d’Américain, et d’entendre ici et là des conversations en chinois et coréen.
Non sans peines, le bus atteint enfin son objectif et se gare dans l’immense parking aménagé en ces lieux. La montée aura prit une grosse demie heure.

Il faut savoir que l’ascension de Fujisan est une activité extrêmement populaire et que durant les mois de juillet et d’août, période où les refuges ouvrent leurs portes, défilent plus de 300 000 personnes, soit près de 5000 âmes par jour. Autant dire que cette 5e station n’a pas l’allure d’un petit bourg de montagne.
L’air frais d’altitude apporte une agréable sensation et la chaleur étouffante de Tôkyô n’est plus qu’un souvenir lointain.

La station 5, ou gogôme. Lieu de départ pour les randonneurs.
La station 5, ou gogôme. Lieu de départ pour les randonneurs.

Après avoir avalé une mauvaise soupe de « udon », sortes de gros spaghettis, nous entamons notre marche.
Il existe en fait quatre itinéraires menant au sommet : Subashiri, Murayama, Gotenba et Yoshida. C’est ce dernier, le plus populaire, que nous empruntons.
Le premier kilomètre se fait rapidement et se présente sous des aspects de marche tranquille. La pente est agréable.

Dernière espace de verdure avant le désert de basalte.
Dernière espace de verdure avant le désert de basalte.

Au détour d’un virage, mon attention se porte sur 5 hommes tout de blanc vêtus. Ils s’avèrent êtres des moines Shintô, religion dominante au Japon. Leur pèlerinage les mènerons au temple situé au sommet, à deux pas de la station météorologique, pour y prier les Dieux locaux et principalement Amaterasu, matérialisée par le soleil.

Vers 14h00, la fine couche de nuage présente depuis l’aube semble s‘effacer au profit d’un ciel azur. C’est à ce même moment que la pente sous nos pieds se complexifie.
L’itinéraire, loin d’être un chemin laissé à l’abandon, accueille nombre de fondations de suretés et autres barrières délimitant le chemin.
Je suis surpris de la facilité à laquelle je gravis la montagne mais cela n’a rien d’un exploit de ma part car il n’est pas rare de croiser sur le trajet des retraités ainsi que des enfants en âge d’aller à l’école élémentaire.

Le chemin zigzaguant nous mène à un premier refuge. Première vraie pose et petit café. Apparemment, il n’y a pas que les Hommes qui grimpent Fuji car même les tarifs atteignent des sommets.
La vue est somptueuse. Le refuge, lui, sans avoir la beauté d’une bâtisse alpine, est plutôt séduisant. L’intérieur principalement. Les tatamis et les portes coulissantes nous rappellent que nous sommes au Japon. Une famille y est gérante et j’imagine quelle sorte d’existence peut bien avoir cette jeune fille enlevant ses chaussures pour se mettre à table, scène de vie ordinaire dans un cadre extraordinaire.
Nous sommes à 2700 mètres d’altitude.

torii au dessus des nuages. 2700 mètres.
torii au dessus des nuages. 2700 mètres.

Nous reprenons notre marche et retrouvons le couple d’Américain du bus dont l’homme ressemble à s’y méprendre au milliardaire Anglais Richard Branson. Des blagues fusent à son égard et nous font oublier un temps cette monotone route dénuée de toute verdure.
Nous croisons sur notre chemin d’autres refuges faisant leur commerce de boissons et de nourritures énergétiques.

A 15h00, soit trois heures écoulées depuis notre départ de la station 5, nous arrivons au refuge 8 à 3000 mètres d’altitude. Nous ne pensions pas arriver si tôt et nous regrettons par la même occasion d’y avoir réservé un couchage pour la nuit.
Je m’explique. La finalité de cette ascension est d’admirer le lever du Soleil depuis le sommet du cracheur de feu. Mais dans notre situation, deux scénarios s’offre à nous. Soit nous continuons notre route, laissant nos lits douillets réservés à d’autres aventuriers, au risque d’atteindre le sommet trop vite et d’y passer une nuit glaciale sans abris. Soit, nous acceptons la frustration de rester au refuge 8 pour un temps, de se restaurer et de se reposer afin de reprendre notre marche dans le but d’arriver en haut pour 4h00 du matin.
Nous optons pour la deuxième solution, bien plus sage.

Ce refuge est vaste et de construction récente. Une odeur de bois qui émane des fondations n’est pas sans déplaire.
Le « dîner », simple mais de meilleur qualité qu’à la base 5, est servit à 16h00 ! Le guide d’un groupe partageant notre repas nous conseil de reprendre la route sur les coups de minuit au plus tard car la route risque d’être encombrée.
Il nous reste donc plus de 5 heures à occuper ici et je me demande bien comment.

« uranaï ». « On en vend pas ». C’est ce que me répond un employé du refuge lorsque je lui demande s’il vend de la bière. Déception. J’apprendrai par la suite que je me trouve dans l’unique refuge de tout le parcours Yoshida à ne pas en proposer. Je me rabats sur des nouilles instantanées 5 fois plus chère qu’au niveau de la mer.
Aux alentours de 19h00, le sommeil ne venant toujours pas, je décide de refaire un tour dehors. Je reste cloué face à la splendeur du couché du soleil. Un autre spectacle incroyable m’est donné de voir, celui de la longue file ininterrompue de randonneurs sur la piste en contrebas. Le nombre de visiteur s’est démultiplié et la lumière des centaines de lampes frontales donne un effet visuel psychédélique.

23h00, le bip de ma montre m’ôte de mon rêve. J’aurais dormi deux heures. Nous faisons rapidement nos sacs et avalons un en-cas. Il ne fait pas si froid mais le vent glacial latéral nous pousse à enfiler nos blousons, puis nous incorporons la file et reprenons l’ascension.

La grande majorité des grimpeurs sont venus ici avec un groupe dans le cadre d’un tour opérateur et sont composées d’un nombre élevé de personnes d’âge mûr.
Le pas lent de ces personnes âgées nous incite à les doubler.

Les grimpeurs sont incroyablement calmes dans cette nuit profonde et seuls quelques rires provenant d’un groupe de Français percent le silence. Barrières culturelles…

A 200 mètres de dénivelé du sommet, la route se rétrécie.
Ici, des agents spécialisés se mettent à faire la circulation. Là des petits groupes se reposent entassés en silence dans les rares espaces disponibles.

Ça y est, le torii, porte rouge généralement située à l’entrée des sanctuaires, nous annonce la fin imminente de notre ascension.
Nous sommes à 3776 mètres, point culminant du Japon.

Torii annonçant le sommet, 3776 mètres.
Torii annonçant le sommet, 3776 mètres.

S’il n’y avait pas ce distributeur automatique de boisson dénaturant la vue, le sommet aurait à tout points de vue des airs de ruée vers l’or et de western. L’ambiance est au repos bien sûr, mais contrairement à tout à l’heure, elle est aussi à la fête et les quelques maisons rudimentaires proposant nourriture, chaleur et boissons sont perpétuellement remplies d’êtres fatigués mais heureux.
Je me dirige vers un petit stand et demande à l’emmitouflé en face de moi un saké bien chaud qui me réchauffe le corps et l’âme.
Plus que quelques minutes avant l’apparition de l’astre des jours. Nous nous dirigeons vers un lieux localisé plein est où de nombreuses personnes sont amassées. La star se dévoile, nous nous inclinons, d’autres encore les bras levés clament un détonant “banzaî”.

2 Commentaires

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2 réponses à Ascension du Mont Fuji 「富士登山のし方」

  1. Amina

    Quel récit!!! J’ai eu l’impression d’y être!! Et si seulement…. Quand j’étais a Tokyo il y a 2 ans, le Fujisan n’était pas grimpable… trop de neige en Mai… Quelle tristesse!!

  2. LEGASTELOIS Gérard

    Bravo Toinou pour tous ces articles plus intéressants les uns que les autres de par leur diversité, tous racontés avec un bel humour. Merci de nous avoir fait découvrir ce Japon inconnu.
    Félicitations… et à bientôt pour d’autres articles !

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