La forêt, Murakami et les Japonais. 「日本人の森林」

Couverture originale de "Kafka sur le Rivage" 「海辺のカフカ」.

Bonjour,

A l’occasion de mon départ imminent pour le Japon qui me mènera dans la campagne du Kansai, dans la préfecture de Shiga près du lac Biwa, laissez-moi vous présenter un extrait du dossier sur l’œuvre de Haruki Murakami « Kafka  sur le rivage » que j’ai rédigé l’année dernière. Cet extrait traite de la forêt. La forêt a en effet une place essentielle dans le roman de Murakami. Elle est aussi la colonne vertébrale de l’archipel nippon et occupe toujours une place importante dans le cœur de ses habitants.

(La lecture et la compréhension de cet article peuvent se faire même sans avoir lu le roman et sans craindre que l’histoire soit entièrement révélée.)

Bonne lecture.

La forêt

Lorsque l’on visite le Japon moderne, on peut être frappé par ce sentiment d’oppression que ses villes semblant ne jamais se terminer peuvent provoquer. Traversons la vaste plaine du Kantô depuis la préfecture de Tochigi au nord, jusqu’à celle de Shizuoka au sud, tout en traversant Tôkyô, et l’on ne verra aucune campagne telle que le conçoivent les Français. Tout au plus, quelques rizières de 1 ou 2 hectares borderont la route ici et là et feront office d’espaces verts.

Pourtant, le Japon, archipel volcanique par excellence, voit prés de 70 % de son territoire occupé par les montagnes. Celles-ci, sont dotées d’une riche et épaisse forêt qui ne laisse guère la place à de grandes agglomérations. Ce n’est pas un mythe, les 127 millions de Japonais sont bels et bien regroupés dans leur majeure partie sur les côtes. Comptons déjà 30 millions rien que pour la mégapole de Tôkyô. D’ailleurs il est troublant d’observer sur un support tel Google Earth – qui offre une représentation par vue satellite du territoire japonais – la fracture entre ces montagnes aux couleurs vertes intenses et les agglomérations japonaises, vastes tâches grisâtres.

La place de la forêt dans Kafka sur le Rivage est essentielle. Tout au long des 630 pages du roman, elle est le cadre d’évènements qui changeront la vie de nombre de ses protagonistes. Elle apparait dès les chapitres 2 et 4 dans un Japon plongé dans la guerre. Un rapport de l’armée américaine nous présente cet épisode étrange survenu en 1944 dans les montagnes de la préfecture de Yamanashi à l’ouest de Tôkyô où 16 enfants, en classe de nature, se retrouvent inconscient, proche d’un état léthargique. Parti alors chercher des champignons ; tous, à l’exception de leur professeur, perdent connaissance. « Leur corps étaient mous, caoutchouteux, (…)  ils semblaient suivre des yeux quelque chose qui nous échappaient. Pas un objet, mais un événement dont ils étaient témoins » (p.23) cite le directeur de la clinique la plus proche. Au fil des investigations, on écartera l’hypothèse de l’intoxication alimentaire ou des essais chimiques d’une expérience militaire. Mais l’explication de cet incident troublant ne nous sera jamais contée par l’auteur. Soit, on en retiendra le nom du petit Tanaka, seul enfant à être resté sérieusement dans cet étrange coma durant 3 semaines et à en avoir subi des séquelles, au point d’en oublier comment lire et écrire.

Ce Tanaka, nous le redécouvrons une bonne cinquantaine d’année plus tard, dans le corps d’un vieil homme sans réelle personnalité, ayant ni amis, ni mêmes souvenirs.

La forêt refait son apparition dans le roman prés de la ville de Kôchi dans le sud de Shikoku lorsque Ôshima amène Kafka dans sa résidence. Cette cabane est en effet située au cœur de la forêt dans une petite clairière. Ces 4 jours passés seul dans la forêt seront l’occasion pour Kafka d’entamer plus en profondeur son voyage intérieur, une initiation qui va dans la continuité de sa quête pour devenir le garçon de 15 ans le plus courageux du monde. Ici, la forêt n’est plus un lieu ayant « quelque chose d’intime, de grande sérénité » comme le décrivit l’enseignante de 1944 dans son interrogatoire. Elle est profonde, dangereuse, peuplée de « plantes inquiétantes dotées d’une véritable force physique, qui rependent leur souffle délétère sur les humains qui s’aventurent près d’elles, les fixent comme si elles avaient repérée une proie (…). » La forêt vit. Kafka se sent observé dans la nuit. « Cette forêt évoque une obscure magie préhistorique. Les arbres règnent sur ces bois, tout comme les créatures vivant au fond des océans règnent sur les abysses. » (p.181). Elle est un univers hostile à l’homme. Elle est d’ailleurs aussi hostile à la modernité qui la ronge par son avancée territoriale. Les occupations de Kafka lors de son séjour dans la cabane se limiteront à la lecture et l’écoute de son baladeur car la forêt ne souhaite pas la modernité ; aussi la radio et le téléphone portable n’y sont pas tolérés. Kafka comprend que la forêt a ses propres règles et qu’elle est prête à accepter des hôtes si ceux-ci les respectent.

C’est à la fin du roman, dans cette même forêt de Kôchi que l’histoire révèle (quelques uns) de ses secrets. Mais est-ce réellement la même forêt ? Il n’est d’ailleurs sans doute plus nécessaire d’y apporter une temporalité non plus. Nous n’en sommes plus capables à ce stade du roman.

Après avoir flotté un moment en direction de cet autre monde, celui des rêves et de la mort, Kafka réintègre le sien pour tenter de devenir « le garçon de 15 ans le plus courageux du monde réel ».

Dans Kafka sur le Rivage, le passé et l’avenir, l’étrange et le rationnel ne cessent de se croiser à chaque page ; la forêt en est le principal vecteur de ce malaise. Elle correspond à une épreuve initiatique, une façon de surmonter ses peurs et de renaitre sous une autre forme, plus aguerrie, plus forte. D’autres artistes contemporains utilisent la forêt comme cadre de leurs ouvres tel Kawase Naomi avec La Forêt de Mogari où celle-ci permet d’accepter l’idée d’une rupture, d’une forme de deuil.

On l’aura compris, Murakami est –  à l’instar de Hayao Miyazaki, avec ses plus grandes œuvres – un de ces artistes contemporains cherchant des réponses aux maux de la modernité dans les racines et les différentes cultures des habitants du Japon.

La forêt possède une place toute particulière dans l’imaginaire japonais. Elle est le lien entre le monde des hommes et celui des esprits, des kamis. La forêt est un lieu de vénération des esprits.

La forêt a longuement été étudiée par Yanagita Kunio, célèbre ethno folkloriste Japonais de la première moitié du XXe siècle. C’était un penseur idéaliste, passionné par le keisei saimin (« gouverner le monde d’une façon appropriée et soulager la souffrance du peuple ») et qui attachait donc une très grande importance à l’origine de son peuple. L’observation et l’étude de la forêt sont une méthode permettant de mieux comprendre les différences du peuple japonais ainsi que leurs légendes et leurs coutumes. Plus qu’une situation spatiale, la forêt évoque le temps (temps mêlé passé et présent).

L’Etat Nation, a souhaité un mouvement de modernisation entrainant une extinction des villages (exode rurale), une uniformisation et une destruction des forêts, conséquences du développement des rizières. Yanagita disait : « sans forêts profondes autour du sanctuaire nous ne serions pas incités à développer le sentiment du sacré ». Ce qui nous intéresse chez Yanagita, c’est son opposition entre le nord et le sud du pays. En effet, la population du Sud (immigrants qui ont introduit les techniques de la culture du riz dans l’archipel, et qui sont les ancêtres des Japonais actuels) glorifie la forêt en tant que sanctuaire et y vénère la nature, alors que celle du nord la considère comme le monde des esprits et le lieu où résident les Yamabito (l’homme des montagnes, habitant premier de l’archipel).

A l’instar de Yanagita, Murakami est de ceux qui souhaitent soulager la souffrance du peuple japonais. C’est d’ailleurs pourquoi il décide de rentrer au Japon (il vivait au Etats-Unis) à la suite du malaise de la société japonaise en cette terrible année 1995. C’est en effet cette année qu’a vu apparaître le séisme de Kôbe, (ville natale de Murakami), et l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo par la secte Aum.

La forêt est source de réponses mais s’y aventurer n’est pas sans conséquences. Comme le dit Ôshima, « la forêt est un autre monde à coté du notre, tu peux t’y aventurer, et en revenir sain et sauf, si tu fais attention. Mais si tu dépasses un certain point, tu n’en reviens jamais. ». C’est un labyrinthe, une métaphore, un voyage intérieur, quasi utérin.

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Les délaissés du Japon 「日本のホームレス」

décalage...

Ce n’est pas encore tout à fait l’été mais déjà l’air y est étouffant. C’est par une de ces journées chaudes et humides que je décide, pour commencer mon reportage, de me rendre au parc de Ueno situé à deux pas de la prestigieuse université de Tôkyô. Pour avoir déjà visité les lieux, je sais que cet endroit sera source de rencontre avec les gens de la rue. Arrivé à la station JR (la SNCF japonaise, privatisée en 1987), je suis directement interpellé par deux hommes assis à même le sol à l’entrée du parc.

Le mieux fagoté des deux me tend une de ces fioles de saké bon marché que l’on trouve partout. Il est 10h30. Soit ! Il me parle un peu de lui, m’expliquant que son acolyte est à la rue, contrairement à lui, et qu’il l’aide occasionnellement en lui offrant  de quoi manger, boire et en lui proposant de temps en temps un bon bain chaud. Par ailleurs, il me fait comprendre qu’aujourd’hui vendredi, une soupe populaire a lieu dans l’enceinte du parc. On se quitte et je pénètre dans le jardin. Le parc accueil un nombre impressionnant de sans abris.

parc de Ueno

Je file en direction du Muséum national de Tokyo où tout près se déroule la soupe populaire en question. Elle est dirigée chaque vendredi par une association coréenne de confession chrétienne. Pas moins de 400 personnes sont rassemblées en attente de leur repas. Je discute avec « West River », un Japonais à vélo, venu lui aussi être témoin de cette scène pour le moins inhabituelle. Il me parle de la crise et de l’indifférence générale des Japonais à l’égard des ceux abattus par la pauvreté.

Hommes attendant la distribution de repas au parc Ueno

Je pars ensuite à la recherche des tentes bleues. De nombreux SDF vivent dans ces abris fait de bâches en vinyle de couleur azur que les Japonais aiment utiliser pour pique-niquer sous les cerisiers au printemps. Ces tentes blues – ou  青テント – ont, à l’instar de nos tentes Quechua le long du canal St Martin, fait la une de la presse nationale.

Une vingtaine de ces tentes sont regroupées sur les hauteurs du parc Ueno, légèrement à l’abri du regard des flâneurs.

tente bleue

Il est intéressant de noter à quel point ces cabanes de fortunes sont bien tenues. L’intérieur y est rangé et relativement propre. Pas une ordure ne traine aux alentours et il est même possible d’observer des parterres de fleurs devant certaines entrées. On y trouve souvent sur les flancs une collection de canette en aluminium amassée dans un très grand sac en plastique en vue d’être vendu au service de recyclage. C’est d’ailleurs un fait troublant : malgré la relative propreté des rues au, les poubelles y sont très rares à Tôkyô et la municipalité semble profiter de ces gens dans la misère pour faire des économies dans leur budget.

La suite de mon reportage me mène à Shinjuku. C’est dans cet immense quartier que je retrouve Tadayoshi Suzuki. Tadayoshi est professeur à l’université de Rikkyo et responsable de l’association « soup no kai » (スープの会). Les membres de cette association se retrouvent tout les samedi soir dans la gigantesque station de Shinjuku afin de distribuer un repas chaud, constitué de riz et de soupe miso, aux innombrables sans-abris de ce quartier fort animé. Il y a ce soir là en tout 24 bénévoles, principalement des étudiants. J’entame la conversation avec Shu, bénévole depuis 5 années ; puis avec Yukari, étudiante en sciences politiques, dont c’est la première expérience ce soir. Nous nous séparons en groupe de 4 à 5 membres  allant chacun vers un itinéraire précis. Mon équipe part à la rencontre des SDF localisés au sud ouest de la gare : le quartier des affaires et ses grands buildings. Les relations se révèlent très courtoises et nombreux sont ceux en attente de notre venue. En plus de la nourriture distribuée, nous écoutons un pan de leur histoire, nous dialoguons. Ces relations réchauffent tout autant que la soupe à vrai dire ; du moins, en été…

Des bénévoles de l'association "soup no kai" en pleine discussion

On observe dans le quartier d’Asakusa, tout près du célèbre temple Sensôji (浅草寺), la plus grande population de sans-abris de Tôkyô. Et cela n’a rien d’un hasard. Nous sommes en pleine « shitamachi » : la ville basse ; quartier populaire par excellence depuis l’époque d’Edo. En remontant la rivière Sumida vers le nord depuis Asakusa, nous arrivons sur l’un des quartiers les plus étonnant de cette ville : San’ya (三谷). Situé dans l’arrondissement de Arakawa-ku, ce « quartier-ghetto » contraste de par sa pauvreté avec les autres arrondissements de Tôkyô.

le quartier de san'ya

L’histoire de ce quartier remonte à la reconstruction du pays après la guerre. A cette époque, Tôkyô et son offre alléchante d’emplois attire les jeunes hommes des campagnes qui affluent en grande quantité et débarquent à la gare d’Ueno dans l’espoir de nourrir leur famille restée dans les provinces.

C’est dans les années 60 que le quartier de San’ya prend sa réelle identité. Avec les JO de 1964, la municipalité a besoin d’une grande quantité de main d’œuvre et ce sont majoritairement les gens du nord du pays (Kansai, Tohoku, Hokkaïdo) qui s’installeront dans des baraquements en bois. Misère, prostitution et alcool aidant, un grand nombre de ces travailleurs journaliers ne rentreront pas au domicile familial et continueront de résider dans ce quartier.

A l’éclatement de la bulle financière au début des années 90, une deuxième vague d’émigrants arrive à son tour à San’ya. En 1993, de grandes entreprises, telles Pioneer ou Nissan pour ne citer qu’elles, licencient des milliers de salariés.

C’est dans ce quartier de San’ya que je fais la connaissance de Kaizuka-san. Cet homme me réserve un accueil exemplaire et s’avère être un guide hors pair. Il est responsable du Johoku Rodo Fukuji Center : le centre social Johoku. Financé par la municipalité, ce centre est unique en son genre à Tokyo. Seules deux autres organisations semblables sont présentes dans les villes de Yokohama et Osaka. C’est dans un vieil immeuble des années 60 que Kaizuka-san et son équipe se donnent pour mission quotidienne de fournir aux plus démunis nourriture et hébergement, promulguer des soins, proposer de rares emplois et offrir vêtements et aides  aux démarches publiques. Ce n’est pas moins de 300 personnes qui viennent chaque jour, certains habitués depuis 1993. C’est à la suite des émeutes de 1960, particulièrement violentes dans ce quartier, que la municipalité a crée Le Johoku Center.

le Johoku Center

Kaizuka-san

vêtements propres délivrés par le centre Johoku

nourriture délivrée quotidiennement par le centre Johoku

pièce où sont affichés les différents emplois vacants

C’est encore à San’ya, à deux pâtés de maison du Johoku Center, que je rencontre Jean Le Beau, directeur du sanyukai. Cette association à but non lucratif fournit nourriture, soins médicaux et quelques chambres au loyer modéré dans une auberge refaite à neuf récemment. Né au Québec, il quitte son pays natal à l’âge de 27 ans avec la société missionnaire catholique dont il faisait partie et découvre le Japon qu’il ne quittera plus. Après avoir été garçon de café puis concessionnaire, et tout en apprenant le japonais, il se détache doucement de sa carrière de prêtre qui lui était destinée et intègre le sanyukai en tant que bénévole. Aujourd’hui, âgé de 65 ans, il compte bien rester  au Japon auprès de ces gens de la rue qu’il considère comme des membres  de sa propre famille.

La société japonaise établit une corrélation entre travail et identité sociale et si l’on perd son travail, on en perd quasiment ses droits. Jean Le Beau, tout comme Kaizuka-san, sont de ceux étant aux antipodes de cette idéologie ; ils m’apparaissent comme des joyaux dans cette société malade de sa modernité.

Liens :

-plus de photos sur : http://antoinelegastelois.blogspot.com

– Le centre Johoku (日本語) : http://homepage3.nifty.com/johoku/

-Sanyukai (english) : http://www.geocities.jp/world_of_510/english.html

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Interview de Kurihara Takashi 「栗原崇の取材」

Voici le premier portrait d’une série qui, je l’espère, aura le mérite de vous faire découvrir certains hommes et certaines femmes de ce pays.
La personne interrogée s’appelle Kurihara Takashi (栗原崇), 33 ans, joueur de sitar. Cette interview a été réalisée par mail le 15 décembre 2009.

Question : Où et quand es-tu né ?
Réponse : Je suis né en 1976 à Hannô (飯能市) dans la préfecture de Saïtama 埼玉県 (au nord de la préfecture de Tôkyô, ndj).

Q : Peux-tu nous parler de cet endroit, du quartier, de la famille, de l’école ? De ton enfance, quoi.
R : Hannô est une petite ville tranquille de la banlieue de Tôkyô située à environ 50 km du centre.
Mon grand-père m’emmenait souvent à la montagne et à la rivière tôt le matin à bicyclette lorsque j’étais à la maternelle.
Jusqu’à ce que je me blesse le genou droit à l’âge de 14 ans, je pratiquais avec passion le basket-ball. Depuis, mon intérêt pour la musique ne fait que grandir.

Q : As-tu fais des études supérieures ?
R : Je suis diplômé d’une licence de linguistique à l’université Kyorin. (杏林大学).

Q : Actuellement, où habites-tu ?
R : Je vis à Hachiôji (八王子), qui est aussi une ville de banlieue de Tôkyô (mais située dans la préfecture de Tôkyô, ndj). Il semble que j’aime vivre en banlieue.

Q : Es-tu marié ?
R : Oui

Q : Quelle est ta profession ?
R : Je suis musicien et compositeur à mon compte.

Q : Quand as-tu découvert le sitar ?
R : C’était durant l’été 1997. J’ai découvert le sitar en écoutant un sample de Hip-hop.

Q : Quand et comment as-tu appris à jouer du sitar ?
R : J’ai commencé à apprendre à jouer du sitar en écoutant Hindhusthani Sangeet qui est de la musique classique indienne. J’ai ensuite suivis des cours deux fois par semaine auprès de Pt. Manilal Nag à Calcutta. Lorsque je n’avais pas cours, je m’entraînais. Il avait l’habitude de me dire « écoute de la musique vocale hindoustanie si tu veux bien jouer du sitar». Ecoutant ses conseils, je me suis dis que je devais aussi apprendre la musique vocale et je suis parti à New Dehli l’apprendre auprès de Ustad Wasifuddin Dagar. Grâce à lui, j’ai vécus de formidables expériences en apprenant la musique vocale appelée « Dhrupad ».
Actuellement, je suis des cours auprès de Mr. Amit Roy au Japon pour m’améliorer.

Q : Parle-nous de ce séjour en Inde.
R : J’ai vécu au total 2 années en Inde. Maintenant, j’aime manger des plats épicés que je n’aurais pu manger auparavant.

Q : Comment as-tu vécu ton retour au Japon ?
R: Un peu dur durant une semaine à cause de la différence de climat. Une fois, ma femme m’a regardé, a rigolé et m’a dit « personne ne porte une doudoune pareil en octobre ! » (il fait encore assez doux en octobre au Japon, ndj).
A l’aéroport, quand je rentre de l’étranger, et tout spécialement d’Inde, je me dis que le Japon est épouvantablement silencieux.

Q : Quels sont tes désirs et espoirs pour la société japonaise ?
R : Je pense que la société japonaise a besoin… de bons éducateurs et de bons leaders pour le peuple.

Q : Comment imagines-tu le Japon dans quelques années ? Optimiste ? Pessimiste ?
R : Pessimiste quand je vois le montant de la dette publique. (l’une des plus importante du monde, ndj).

Q : Tu es allé à Paris. Cela correspondait-il à l’idée que tu te faisais de cette ville ?
R : Je ne pouvais pas imaginer la ville et ses habitants avant d’y être allé.

Q : Penses-tu que les Japonais et les Français se ressemblent ou sont-ils différents ?
R : Je dirais différents sur le plan socioculturel mais je pense que nous avons beaucoup de points communs. Par exemple, nous rions quand nous sommes heureux et pleurons quand nous sommes tristes, etc…

Les coordonnées de Khazana Records, la maison d’édition de Takashi Kurihara :

Khazana Records / 栗原 崇
http://www.khazana-records.com /
takasitar@hotmail.com

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Chikan 「痴漢」

Le logo « attention, chikan ».

Le Japon a la réputation d’être l’un des pays les plus sûrs de la planète et il peut même prétendre à la première place de ce podium si on le compare aux autres pays de l’OCDE. Certes de nombreuses affaires sanglantes ont entaché cette victoire telles l’affaire Sakakibara en 1997 à Kôbe où la tête d’un collégien de 11 ans, décapitée par un garçon de 14 ans, fut retrouvée sur le portail de son école, ou plus récemment la tuerie de Akihabara en 2008 qui a couté la vie à 8 passants dans les rues de ce célèbre quartier. Cependant aussi impressionnants soient ces évènements, le nombre de cas de petite criminalité reste infime en comparaison à ceux des pays occidentaux.

Néanmoins, il existe un problème de criminalité récurrent au Japon qui ne semble vouloir se solutionner : celui des agressions diverses sur le genre féminin. En effet, dans ce domaine, le Japon peut honteusement s’enorgueillir d’être champion dans cette catégorie.

Ces agressions  se classent en diverses catégories.
Outre le harcèlement sexuel dans la sphère professionnelle, le Japon est surtout connu pour ses cas d’attouchements dans les lieux publics et plus précisément dans le train de banlieue. Ce phénomène est si rependu et en augmentation qu’il existe un terme pour le désigner : chikan (痴漢). Le premier caractère désigne la bêtise tandis que le second signifie le genre mâle. Une troisième catégorie, plus insolite que les deux premières mais non moins grave, est l’activité consistant à harceler et traquer une personne dans les lieux publics et jusque dans la sphère du privé et dont certains cas se sont soldés par le meurtre de la victime. Cette activité s’appelle au Japon « stôkâ » (ストーカー) de l’anglais « stalker ».

Pour le seul cas du chikan, la situation est préoccupante.
Il faut d’abord avoir à l’esprit que le Japon concentre la quasi totalité de sa population, soit 127 millions d’habitants, sur un territoire grand comme le Benelux (oui, peu de plaines, énormément de montagnes quasi sauvages!) et Tokyo, la plus grande mégalopole du monde, s’étend sur une surface incroyablement vaste. Pourtant, le système routier est loin d’être roi dans les agglomérations nippones. A contrario, le réseau ferré japonais est ultra-moderneset incroyablement bien organisé et les trains restent le moyen de transport incontournable pour la population japonaise qui, lors des rushs, n’ont rien à envier aux sardines en boites.
Quoi qu’il en soit, c’est dans ces trains bondés que les pervers japonais sévissent le plus.

L’ambiance dans les trains au Japon est assez spéciale. Tout le monde s’évite du regard et la plus part des voyageurs sont trop occupés à tapoter sur leur portable, lire, ou récupérer quelques minutes de sommeil pour s’occuper de la vie de leur voisin. Par ailleurs, il est consternant de constater que même lorsqu’un évènement inhabituel se produit (une dispute, un bébé qui se met à hurler, un homme ayant trop bu se mettant à geindre…), pas une personne ou presque ne se retournera pour examiner l’insolite scène. Et si un individu se met à toucher directement une victime, il y a de bonnes chances pour que personne ne s ‘en aperçoive. Il est fâcheux aussi de constater que dans bon nombres de cas de chikan, la victime n’osera demander de l’aide à un tiers (honte) ni même tenter quoi que ce soit (peur). Elle se laissera alors tripoter jusqu’à l’arrêt suivant, ce qui peut prendre un temps relativement long sur les lignes express de grandes banlieues.

Lors des 6 premiers mois de l’année 2009, 708 cas de chikan faisant l’œuvre de plainte ont été recensées mais il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg car un nombre effectif hautement supérieur ne fait pas l’œuvre de plainte. Et ce nombre ne fait qu’augmenter.
Une étude réalisée dans la ville de Hiroshima montre que 36,9 % des agresseurs ont entre 30 et 39 ans. 21,7 % ont entre 20 et 29 ans et 20,6 % entrent dans la catégorie des 40-49 ans. La loi stipule qu’ils encourent une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à sept ans ou une amende allant jusqu’à 50.000 yens.

Le phénomène est allé encore plus loin et les agresseurs deviennent organisés. Aussi, des réunions s’organisant sur le net permettent aux criminels de se donner rendez-vous dans un lieu à une heure précise, afin d’opérer en bande et ainsi de toucher leur victimes à l’abri des regards, entourés et cachés par leurs complices.

Le train est aussi le lieu favori de ceux qui prennent des photos sous les jupes des lycéennes en uniforme scolaire ou des jeunes employées. Les plus experts en électronique useront d’inventivité pour cacher l’appareil photo dans une mallette ou un sac, les autres se contenterons d’utiliser leur téléphone portable. Ce phénomène est si rependu que la société Apple a décidé de ne pas incorporer sur ses iPhone d’option silencieuse au déclenchement de l’appareil photo sur le marché japonais et de nombreuses compagnies de téléphones ont suivi cet exemple. Dernièrement, l’équipe olympique japonaise de natation a fait la une des scandales avec des photos prises par des appareils ayant une fonction infrarouge permettant de voir à travers les vêtements. Depuis 2004, les nageuses nippones sont équipées de maillots bloquant ce rayonnement et des entreprises ont même commercialisé ce tissu pour la gamme de leurs sous-vêtements grand publique.

Alors, qu’est-ce qui pousse un si grand nombre de Japonais à agir de la sorte ? Quelles en sont les causes.
Alors qu’il est si facile d’observer l’industrie du sexe dans la rue (présence de love hôtel, nudité sur les couverture de magazines dans les combini, présence de quartiers chaud), le sexe reste un sujet délicat et n’est que trop peu évoqué au sein de la famille et dans l’éducation. La communication entre les deux sexes est-elle insuffisante ? Notons dans tout les cas la difficulté pour les jeunes couples d’entretenir une relation simple et épanouie dans une société où la vie en concubinage sous le même toit ne se fait qu’après le mariage. La difficulté d’entretenir une intimité dans la vie post mariage est elle aussi réelle car le mari est accaparé en temps et en énergie par son travail et la femme n’endosse plus que son costume de mère à plein temps délaissant son rôle d’épouse et les plaisirs conjugaux qui vont de paire. Au Japon, 30 pourcents des couples mariés n’ont pas fait l’amour depuis plus d’un mois et rentrent dans la catégorie des « sex less ». Une autre étude faite sur une trentaine de pays d’Asie, d’Europe et d’Amérique place le Japon dernier en nombre de relation sexuelle et en taux de satisfaction de l’acte.

Alors que le sexe « simple » et conventionnel devient difficile d’accès, les supports à caractère porno mettant en scène de véritables fantasmes malsain (manga, hentaï, vidéo, …), la présence de bars à thèmes où des hôtesses en mini jupe sans culottes se mettent à faire les soubrettes ou bien encore la prostitution de lycéennes et d’étudiantes dite « de confort matériel » (car elle a pour objectif l’achat de produit n’étant pas de première nécessité) se vulgarise et amène dans les mœurs l’idée d’un sexe fantasme, facile et bon marché.

En 1985 Le Japon a ratifié, la convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) mais la Division pour le Développement des Femmes (branche de L’ONU) s’inquiète de la banalisation de la violence sexuelle au Japon et ce n’est pas la présence en vente sur Amazon Japon d’un jeu vidéo dans lequel le but du jeu est de violer une mère et sa fille dans un train qui va rassurer (le jeu a été retiré il y a peu).

Toutefois, l’opinion publique se mobilise et les actions pour stopper les cas de chikan se multiplient.
Depuis 2001, des wagons entièrement réservés aux femmes pendant les heures de pointe sont disponibles dans les agglomérations de Tôkyô et d’Ôsaka.
De même, cette année, des annonces vocales dans les gares signalent, tel la RATP avec ses pickpockets, la présence de tripoteurs susceptibles d’agir sur la ligne. De plus, des policiers en civil et des brigades spéciales en uniformes sont déployées sur le réseau de Tôkyô.
Enfin -et c’est peut être là la nouvelle la plus réjouissante- de plus en plus de femmes osent crier « chikan » à la présence d’une main baladeuse. Et cette manifestation de lycéennes à la station Ikebukuro portant les écriteaux « l’attouchement est méprisable, ne le pardonnons pas ! » sera peut être à l’aube de changer l’image de la femme-objet que bien trop de Japonais entretiennent.

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Le CV japonais 「履歴書」

Dans la recherche d’un emploi, la création d’un CV reste une activité incontournable. Le Japon ne déroge pas à cette règle et tout Japonais souhaitant entrer dans le monde du travail doit s’acquitter de cette tâche.
Cependant, habitué à l’effet Galápagos que les Japonais aiment si bien cultiver ainsi qu’à leurs bizarreries locales, l’occidental peut être amené à se demander si le curriculum vitae nippon ressemble en tout point au sien, ou, s’il est une sorte de document farfelu dont seul un natif de l’archipel y réussirait à déchiffrer et traduire les informations écrites. Avouez que cela ne serait pas la première fois que le Japon nous étonnerait dans ce domaine.
Eh bien, non.
A priori, nul besoin de pierre de rosette pour interpréter un CV japonais. Les catégories d’informations délivrées sont identiques aux nôtres. Aussi, l’état civil, les études menées ainsi que l’expérience professionnelle y sont exposés.
Mais vous vous doutez bien que si l’auteur de ces lignes se donne la peine de réaliser cet article, c’est bien car certaines « touches nippones » sont tout de même présentes et rendent la comparaison tout à fait intéressante.
Ces quelques divergences sont le reflet de différences culturelles qui mènent la réflexion à bien plus loin que le thème de cet article.

Tout d’abord, apprenez que le CV japonais n’est pas un document que le chercheur d’emploi aura créé lui-même à l’aide d’un logiciel de traitement de texte puis imprimé en nombre voulu. Non, celui-ci doit s’écrire à la main. De plus, il sera demandé à l’intéressé d’acheter dans toute bonne papeterie un modèle unique de feuilles sur laquelle il ne lui suffira plus qu’à remplir les rubriques déjà imprimées.
Les Japonais ont une sacro-sainte horreur de l’imprévu et cette méthode a le double mérite de soulager le chercheur d’emploi d’une quelconque recherche d’esthétique de son document (vu qu’il est identique pour tous), et de faciliter la lecture du recruteur lors de son investigation. Mieux, cela évite aussi la discrimination. L’idée du « tous semblables » a encore de beaux jours à se faire au Japon.
On peut noter tout de même la difficulté qu’aura le jeune diplômé (ou moins jeune) à remplir péniblement un par un les nombreux CV que nécessite la recherche d’un emploi.

Lorsque l’on observe un CV nippon, on peut être amené à s’interroger quand à la manière dont les Japonais écrivent les dates. Il est vrai que lire « Heisei 21 » évoque plus, par exemple, le nom du dernier blockbuster hollywoodien que l’année 2009. Malgré l’incongruité de la chose, les années japonaises répondent à une logique des plus simples : le Japon, depuis son ouverture au monde en 1868 aura connu quatre ères ; celles de Meïji 明治 (1868-1912), Taishô 大正 (1912-1926), Shôwa 昭和 (1926-1989) et Heisei 平成 qui perdure de nos jours.
« Heisei 21 » représente donc la 21e année depuis l’intronisation de l’empereur de l’ère Heisei, Akihito, qui règne actuellement à l‘âge de 76 ans.
Même si cet empereur n’a plus qu’un rôle des plus symboliques et que son origine divine a été atomisée par le vainqueur Américain, il reste le « symbole de l’État et de l’unité du peuple japonais » et le fait même de faire perdurer cette coutume en dit long sur l’importance qu’à encore aujourd’hui « la plus ancienne lignée impériale du monde » sur le collectif japonais.

Il est aussi intéressant de noter la présence d’informations judiciaires sur le curriculum vitae japonais. Certes, de nombreuses boites françaises demandent la copie n°3 du casier judiciaire mais il n’est jamais nécessaire d’en informer le recruteur à ce stade premier de la procédure.

Le CV japonais exige aussi d’expliciter la gare la plus proche de son domicile et le temps approximatif pour atteindre l’adresse du poste convoité.
Là encore, pas de discrimination relative à cette information car le Japonais passant plus de 3 heures par jour dans le train pour se rendre à son lieu de travail est loin d’être un cas isolé, les banlieues japonaises s’étendant sur une surface incroyablement vaste.
Dire à son futur recruteur que l’on doit se coltiner 5 heures de trains par jour ne lui ferait même pas osciller sa moustache. Et encore faut-il qu’il ait une moustache, attribut plutôt rare chez les Japonais.

Dernier point développé, et non le moindre, celui peut-être le plus dérangeant pour les enfants de la République que nous sommes, et qui concerne les informations de vie privée et familiale.
Encore une fois, c’est le fait de divulguer ces informations directement sur le CV qui peut fâcher.
Outre le nombre d’enfant, on demandera au chercheur d’emploi sa situation maritale ainsi que littéralement « les personnes à charges ».
Explications :
La rubrique « nombre d’enfant » n’a pas de difficultés particulières de compréhension et n’exige donc pas de précisions à ajouter.
Pour la rubrique « conjoint(e) », il est uniquement demandé à l’intéressé(e) s’il (elle) est marié(e). En aucun cas, on ne cherchera à savoir si la personne vit seule ou si elle est en concubinage. Peut-être aussi car le concubinage n’existe quasiment pas au Japon. Le Japon est resté extrêmement immobiliste dans le domaine de la famille et il est mal vu pour un couple de vivre sous le même toit avant le mariage. Et que dire d’une naissance hors mariage ? Alors qu’en France le taux d’enfants nés de parents non mariés a dépassé les 50%, il n’atteint pas les 2 % au pays du Soleil Levant. Cela peut s ‘expliquer par le fait qu’un enfant hors mariage sera pénalisé aux yeux de la loi, et ce, tout le long de sa vie.
Dernière rubrique, et non la moins cocasse, « les personnes à charges ». La philosophie confucéenne est au Japon ce que la philosophie grecque est à l’occident. Pour les besoins explicatifs de cette dernière rubrique, apprenons juste que les parents du conjoint doivent être traditionnellement pris en charges à l’intérieur du foyer du couple marié. Et même si pour des raisons multiples, la modernité freine la perpétuation de cette tradition, l’épouse continuera d’appeler ses beaux-parents « père » et « mère », signe d’une intégration forte de la femme dans la famille du mari.
Il semble que la présence d’une belle mère au foyer soit un élément des plus important pour une entreprise au point d’en informer le recruteur sur son curriculum vitae.

Toutes ces informations semblent relever, pour nous Français, du domaine privé. Mais l’entreprise au Japon n’est–elle pas la deuxième famille d’un Japonais ?

Exemple de CV.

Possibilité de téléchargement de modèles vierges de CV ici:
Documents vierges (PDF)

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Les Combini 「コンビニ」

Combini Lawson. Sur l'enseigne : vente d'alcool et distributeur automatique.
Combini Lawson. Sur l’enseigne : vente d’alcool et distributeur automatique.

Seven Eleven, Lawson, Family Mart, AM PM… A travers cette galaxie de noms à consonance anglaise se cache un des phénomènes de société les plus intéressants du Japon, celui des « Combini », ou コンビニ.
Les Japonais aiment utiliser des termes étrangers et ils affectionnent encore plus s’adonner à la torture linguistique de ces derniers. Une des méthodes les plus répandues consiste à trouver une victime verbale puis à la découper afin de lui donner une identité toute japonaise.
De cette manière, « personal computer » (PC) est devenu au Japon « passocon » et « air conditionner », « eicon ».
Le terme « combini » a pour origine linguistique le mot anglais « convenience store », soit « magasin de commodité » en français. Le son « v » reste imprononçable pour tout Japonais qui se respecte qui le remplace automatiquement par un « b ».
On l’aura compris le combini est un concept créé dans le monde anglo-saxon et plus précisément aux États-Unis.
Alors pourquoi consacrer un article, dans un blog dédié au Japon, à une création d’outre-Atlantique ?
Et bien tout d’abord, car ces épiceries franchisées – car c’est de cela que l’on parle – sont partout au Japon, absolument partout.
Il ne faut pas plus de 5 minutes à tout individu se trouvant dans une zone urbaine au Japon pour apercevoir une, voire plusieurs de ces enseignes aux lignes horizontales hautement colorées.
Et attention, un « 7-Eleven » peut facilement cacher un « Lawson » qui cachera lui-même un « SunKus ». Les combini sont placés aux endroits stratégiques et la concurrence fait rage.

L’autre point incroyable, faisant de ces magasins un phénomène endémique est la quantité astronomique de services proposés.
Le service au Japon est réputé pour sa grande qualité et est toujours associé à un accueille exemplaire. Imaginez alors un lieu, pas si vaste que ça, très propre dans la majorité des cas, où vous trouveriez de quoi vous restaurer, la presse, du tabac, des produits pharmaceutiques et para-pharmaceutiques, des fournitures de bureau, des vêtements de dépannage pour « salarimen » (chaussette, cravates), ainsi qu’une multitude de repas à déguster en vitesse.
Mais la liste des possibilités ne s’arrête pas là. Le commerce préféré des Japonais permet aussi de commander et de récupérer des tickets de concert, de faire photocopies, fax et autres impressions, d’acheter des cartes téléphoniques et même de régler ses factures de gaz et d’électricité. La liste n’étant pas exhaustive.
Maintenant si je vous dis que ces magasins n’ont aucun jour de fermeture dans l’année, qu’ils sont ouverts 24h/24 et que les prix pratiqués sont quasi similaire à ceux de grande surface. Oui, vous ne rêvez pas…
Alors que notre doux pays se pose la question de l’ouverture le dimanche de certaines catégories de commerces et que notre belle capitale a vu, en l’espace de quelques années, des magasins tels Franprix ou Leader Price passer d’une horaire de fermeture de 19h00 à 22h00 avec ouverture banalisée le dimanche et les jours fériés ; le Japon, lui, a doté ses villes et ses campagnes de magasins ne dormant jamais depuis voilà plus de 20 ans.
Je ne vais pas vous surprendre, le salarié moyen de combini est jeune. Il est de temps en temps étudiant, souvent chez ses parents, ordinairement en situation précaire.
Accessoirement, ce jeune peut être remplacé par un senior dont la retraite, trop maigre, l’empêche de finir le mois.
Quoi qu’il en soit, il ne dépasse que rarement les 8 heures par jour contrairement au manager à qui il arrive de faire le double. Les horaires de nuits sont majorées.

La franchise la plus rependue reste le 7-Eleven. Cette entreprise a, depuis mars 2007, dépassé avec plus de 32 000 unités la société McDonald’s en nombre de magasins présents à travers le monde. Et devinez quoi, c’est au Japon que 7-Eleven est le plus implanté. Il accueille sur son territoire, plus de 13 300 combini dont 1 577, rien que dans la préfecture de Tôkyô.

L'intérieur d'un combini.
L’intérieur d’un combini.

La société Japonaise a, ces 15 dernières années, énormément évoluée. Les causes étant aussi complexes que nombreuses, limitons nous aux faits que les crises de 1990 et de 2008 ont affaiblis le Japon et bouleversés les changements sociaux. Aussi, cette société réputée pour son faible taux de criminalité s’acharne depuis quelques années sur les combini, bien implantés dans tous les quartiers.
Une étude réalisée en 2006 révèle que les gérants de combini ont dû appeler la police près de 49 000 fois.
Le plus gros de ces infractions restent le vol à l’étalage mais les incivilités en tout genre sont en expansion. De plus en plus de Japonais se comporte de manières non convenable et n’hésitent pas à piocher dans les article ou utiliser le maquillage en vente.
De plus, à la moindre insatisfaction, certains client vont jusqu’à menacer le gérant du combini d’en déférer directement à la maison mère.

Alors, le combini, reflet d’une société de plus en plus souffrante et frustrée ayant besoin de se défouler ?
Quoi qu’il en soit, dans un pays qui ne possède pratiquement aucunes poubelles publiques, le combini et ses diverses réceptacles à ordures situés devant le magasin reste une bénédiction pour le promeneur.

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