Le CV japonais 「履歴書」

Dans la recherche d’un emploi, la création d’un CV reste une activité incontournable. Le Japon ne déroge pas à cette règle et tout Japonais souhaitant entrer dans le monde du travail doit s’acquitter de cette tâche.
Cependant, habitué à l’effet Galápagos que les Japonais aiment si bien cultiver ainsi qu’à leurs bizarreries locales, l’occidental peut être amené à se demander si le curriculum vitae nippon ressemble en tout point au sien, ou, s’il est une sorte de document farfelu dont seul un natif de l’archipel y réussirait à déchiffrer et traduire les informations écrites. Avouez que cela ne serait pas la première fois que le Japon nous étonnerait dans ce domaine.
Eh bien, non.
A priori, nul besoin de pierre de rosette pour interpréter un CV japonais. Les catégories d’informations délivrées sont identiques aux nôtres. Aussi, l’état civil, les études menées ainsi que l’expérience professionnelle y sont exposés.
Mais vous vous doutez bien que si l’auteur de ces lignes se donne la peine de réaliser cet article, c’est bien car certaines « touches nippones » sont tout de même présentes et rendent la comparaison tout à fait intéressante.
Ces quelques divergences sont le reflet de différences culturelles qui mènent la réflexion à bien plus loin que le thème de cet article.

Tout d’abord, apprenez que le CV japonais n’est pas un document que le chercheur d’emploi aura créé lui-même à l’aide d’un logiciel de traitement de texte puis imprimé en nombre voulu. Non, celui-ci doit s’écrire à la main. De plus, il sera demandé à l’intéressé d’acheter dans toute bonne papeterie un modèle unique de feuilles sur laquelle il ne lui suffira plus qu’à remplir les rubriques déjà imprimées.
Les Japonais ont une sacro-sainte horreur de l’imprévu et cette méthode a le double mérite de soulager le chercheur d’emploi d’une quelconque recherche d’esthétique de son document (vu qu’il est identique pour tous), et de faciliter la lecture du recruteur lors de son investigation. Mieux, cela évite aussi la discrimination. L’idée du « tous semblables » a encore de beaux jours à se faire au Japon.
On peut noter tout de même la difficulté qu’aura le jeune diplômé (ou moins jeune) à remplir péniblement un par un les nombreux CV que nécessite la recherche d’un emploi.

Lorsque l’on observe un CV nippon, on peut être amené à s’interroger quand à la manière dont les Japonais écrivent les dates. Il est vrai que lire « Heisei 21 » évoque plus, par exemple, le nom du dernier blockbuster hollywoodien que l’année 2009. Malgré l’incongruité de la chose, les années japonaises répondent à une logique des plus simples : le Japon, depuis son ouverture au monde en 1868 aura connu quatre ères ; celles de Meïji 明治 (1868-1912), Taishô 大正 (1912-1926), Shôwa 昭和 (1926-1989) et Heisei 平成 qui perdure de nos jours.
« Heisei 21 » représente donc la 21e année depuis l’intronisation de l’empereur de l’ère Heisei, Akihito, qui règne actuellement à l‘âge de 76 ans.
Même si cet empereur n’a plus qu’un rôle des plus symboliques et que son origine divine a été atomisée par le vainqueur Américain, il reste le « symbole de l’État et de l’unité du peuple japonais » et le fait même de faire perdurer cette coutume en dit long sur l’importance qu’à encore aujourd’hui « la plus ancienne lignée impériale du monde » sur le collectif japonais.

Il est aussi intéressant de noter la présence d’informations judiciaires sur le curriculum vitae japonais. Certes, de nombreuses boites françaises demandent la copie n°3 du casier judiciaire mais il n’est jamais nécessaire d’en informer le recruteur à ce stade premier de la procédure.

Le CV japonais exige aussi d’expliciter la gare la plus proche de son domicile et le temps approximatif pour atteindre l’adresse du poste convoité.
Là encore, pas de discrimination relative à cette information car le Japonais passant plus de 3 heures par jour dans le train pour se rendre à son lieu de travail est loin d’être un cas isolé, les banlieues japonaises s’étendant sur une surface incroyablement vaste.
Dire à son futur recruteur que l’on doit se coltiner 5 heures de trains par jour ne lui ferait même pas osciller sa moustache. Et encore faut-il qu’il ait une moustache, attribut plutôt rare chez les Japonais.

Dernier point développé, et non le moindre, celui peut-être le plus dérangeant pour les enfants de la République que nous sommes, et qui concerne les informations de vie privée et familiale.
Encore une fois, c’est le fait de divulguer ces informations directement sur le CV qui peut fâcher.
Outre le nombre d’enfant, on demandera au chercheur d’emploi sa situation maritale ainsi que littéralement « les personnes à charges ».
Explications :
La rubrique « nombre d’enfant » n’a pas de difficultés particulières de compréhension et n’exige donc pas de précisions à ajouter.
Pour la rubrique « conjoint(e) », il est uniquement demandé à l’intéressé(e) s’il (elle) est marié(e). En aucun cas, on ne cherchera à savoir si la personne vit seule ou si elle est en concubinage. Peut-être aussi car le concubinage n’existe quasiment pas au Japon. Le Japon est resté extrêmement immobiliste dans le domaine de la famille et il est mal vu pour un couple de vivre sous le même toit avant le mariage. Et que dire d’une naissance hors mariage ? Alors qu’en France le taux d’enfants nés de parents non mariés a dépassé les 50%, il n’atteint pas les 2 % au pays du Soleil Levant. Cela peut s ‘expliquer par le fait qu’un enfant hors mariage sera pénalisé aux yeux de la loi, et ce, tout le long de sa vie.
Dernière rubrique, et non la moins cocasse, « les personnes à charges ». La philosophie confucéenne est au Japon ce que la philosophie grecque est à l’occident. Pour les besoins explicatifs de cette dernière rubrique, apprenons juste que les parents du conjoint doivent être traditionnellement pris en charges à l’intérieur du foyer du couple marié. Et même si pour des raisons multiples, la modernité freine la perpétuation de cette tradition, l’épouse continuera d’appeler ses beaux-parents « père » et « mère », signe d’une intégration forte de la femme dans la famille du mari.
Il semble que la présence d’une belle mère au foyer soit un élément des plus important pour une entreprise au point d’en informer le recruteur sur son curriculum vitae.

Toutes ces informations semblent relever, pour nous Français, du domaine privé. Mais l’entreprise au Japon n’est–elle pas la deuxième famille d’un Japonais ?

Exemple de CV.

Possibilité de téléchargement de modèles vierges de CV ici:
Documents vierges (PDF)

Publicités

4 Commentaires

Classé dans Uncategorized

4 réponses à “Le CV japonais 「履歴書」

  1. J’attends la suite avec impatience!

  2. Amina

    Mer ci pour ces petites info!! Vu que j’ai pas le cours d’entreprise, je ne sais pas ce qu’il s’y passe ^^

  3. LEGASTELOIS Gérard

    Bravo Toinou et félicitations sur cet article qui nous aide à mieux comprendre les coutumes japonaises. Intéressant du début à la fin, raconté avec beaucoup d’humour, avec une signification à double sens quant à l’Empereur « atomisé » par les Américains.
    Je passe au suivant…

  4. Claire

    Super l’article. Maintenant, je peux placer les différents rubriques de mon CV classique déniché sur http://modeledecv.com avec plus de sérénité sur mon « Rirekisho ». Merci

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s